Jour 1 765

Alice, ma tantine, ne viendra pas me visiter à l’hôpital puisqu’elle est au ciel.
J’exempte Bibi, ma sœur, du pensum des visites puisqu’elle aura tout le pensum de me nourrir et de me cajoler pendant les deux premières semaines après l’hôpital, sinon plus.
Clovis travaille excessivement les mois d’été, la semaine et la fin de semaine, les journées n’ont que vingt-quatre heures et ses contrats se situent rarement à Montréal, hormis lorsqu’il travaille chez moi, mais à ce moment-là il ne s’agit pas à proprement parler d’un contrat.
Diana, la princesse, est au ciel depuis plus longtemps qu’Alice et que François. J’aime mieux mourir sous le scalpel, si cela devait arriver, que dans les conditions épouvantables qui ont été les siennes.
Esther est une des amies que j’ai et que je ne vois jamais. Mais nous nous sommes vues presque tous les jours pendant trois ans, quand j’étudiais à Aix-en-Provence et à Paris. Elle ne sait pas que je me fais opérer.
François, à mon avis, le sait. La semaine de ma coronarographie, à chaque fois que j’ai vérifié l’heure, des chiffres identiques étaient affichés sur mes appareils : 11h11, 13h13. Quand je demandais l’heure à Clovis, pareil, il était 16h16, 18h18, à tel point qu’une fois j’ai pensé qu’il se moquait de moi et je lui ai demandé de me montrer l’affichage de son téléphone cellulaire à partir duquel il avait lu l’heure. Même, nous sommes allés à la quincaillerie acheter des petits bidules. À combien s’élevait la dépense ? 14,14$
Gertrude Stein. J’ai écrit un mémoire, en anglais et en français, qui analysait sa pratique d’écriture pour l’obtention d’un Diplôme d’études approfondies. C’était d’une facilité déconcertante, j’ai eu A+ et n’en ai retiré que peu de plaisir. Ce que j’aime, c’est chercher, et pas forcément trouver. Peut-être même que j’aime mieux chercher en sachant que je ne trouverai pas. C’est pour ça que je m’échine à écrire sans me fixer de direction et en trouvant que ce que j’écris n’est pas bon. De la sorte, je ne suis pas déconcertée par le plaisir facile mais tendue par la recherche de mieux. Étant au ciel elle aussi, Gertrude ne viendra pas me visiter.
Hortense Major. Ce serait le nom d’un personnage qui a beaucoup de panache. Elle est longue, mince, dans la soixantaine et porte des chapeaux. En tant que bénévole, elle distribue le café et les petits biscuits disposés sur un chariot à l’hôpital. Elle ne viendra pas me visiter car les bénévoles de sa catégorie ne vont pas dans les chambres déranger les malades.
Il semblerait que les infirmières surveillent le nombre de visiteurs que reçoivent leurs patients pour vérifier si elles ont affaire avec une personne aimée et aimable –ça va souvent ensemble.
Jacques. Mon papa. Il est petit, pas trop courbé, dans la quatre-vingtaine et porte des casquettes. Il ne viendra pas me visiter, ça pourrait le faire pleurer. Quand il veut s’éviter de pleurer, il cale une bière, mais je le vois mal arriver à l’hôpital avec sa Labatt bleue. Jacques, un autre Jacques, est un lecteur fidèle. Il viendra me visiter.
Ki vivra verra.
Lyncha, c’est moi, je serai la visitée et non celle qui visite.
Moins on affirme. J’ai lu ça récemment sur une publicité, un mur, une affiche : Plus on sait, moins on affirme. Il y en a plusieurs qui auraient besoin de lire ça, n’ai-je pu m’empêcher de me dire dans ma tête.
Nicoletta. Seigneur ! Je réalise que Nicoletta travaille tout près de l’Hôtel-Dieu, elle aura peut-être l’occasion de venir y faire une saucette.
Oscarine. Ah, la belle Oscarine. Nous sommes allées manger, trois collègues, mardi dernier. Nous avons pris toutes les trois la même soupe à l’orge, le même plat principal, du foie de veau, le même dessert, un gâteau aux noix. La serveuse nous a dit qu’on était faciles à servir. Oscarine viendra à l’hôpital.
P est la première lettre du prénom de tonton. Je l’ai écrit hier, il est exempté.
Quand même, sept jours à l’hôpital, nourrie, logée et réparée de la valve. C’est un luxe inouï.
R demeure non résolu. Qui pourrait donc venir me visiter d’un Robert, Richard, Rita, Ruth…
Samuel. Monsieur Samuel. Il est au nombre des personnes que je ne connais pas intimement, que je ne côtoie pas, que je vois genre une fois par année, mais avec laquelle j’ai plaisir à converser. Comble du hasard, il m’a écrit aujourd’hui pour me demander de lui donner des nouvelles après l’opération. Comble du hasard aussi, il se pourrait qu’il se fasse opérer en même temps que moi ou à peu près, pour des problèmes cardiaques également, à l’Institut de cardiologie.
Thrissa est en Ontario. Si elle habitait à Montréal, c’est sûr qu’elle viendrait, deux fois plutôt qu’une. Elle s’asseyerait à côté de moi et me proposerait des exercices de mantra hindou. On prononcerait Ôm de plus en plus fort et mon voisin de chambre appellerait les infirmières pour leur signifier qu’il veut avoir la paix.
Ursule est le prénom d’une dame un peu plus vieille que moi rencontrée à l’hôpital le jour de la coronaro car elle en recevait une elle aussi. Elle ne s’est pas fait piquer quatre fois, comme ce fut mon cas, pour l’introduction de la canule dans la veine du bras gauche. Elle s’est fait piquer une fois, mais elle a hurlé.
Valve mitrale. C’est la raison de mon séjour à l’hôpital.
Wörsen est la marque d’un appareil norvégien utilisé en imagerie médicale. Il ne faut pas le traduire comme s’il s’agissait d’un mot provenant de l’anglais. C’est peut-être un nom de famille, en norvégien, ou encore un acronyme.
XXXXXX font pratiquement partie de ma signature quand j’écris aux gens car je les aime et les embrasse tous. Il n’est pas approprié de terminer par des XXXXXX mes courriels adressés aux collègues, quoique Oscarine, ma collègue préférée et quelques autres y ont droit parfois.
Yvon ne viendra pas, du moins je l’exempte. Yasmine pourrait peut-être, par l’ironie du sort, se trouver à l’hôpital elle aussi car la date de son accouchement approche. Cependant, elle accouche, comme moi autrefois, à Ste-Justine.
Zut ! Il parait qu’il faut se dire ça, intérieurement, quand on entre dans la salle d’opération, pour se porter chance, de la même manière que les gens disent Merde ! dans le milieu du spectacle.

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Jour 1 766

Le sentiment de fond, la blessure originelle, les lamentations reviennent au grand galop, à peine ai-je affirmé que je les envoyais promener. J’aurais dû les jeter par-dessus bord quand j’étais sur le traversier me menant à Sorel. Le tourment d’aujourd’hui est le suivant : qui va venir me visiter à l’Hôtel-Dieu pendant mes sept jours d’hospitalisation ? Personne parce que je suis rejetée de tous, telle est la réponse immédiate. Les membres de ma famille habitant Joliette et les environs, un petit tour à l’Hôtel-Dieu dans le trafic de la rue St-Urbain/des Pins ne les tentera pas fort. Papa est trop vieux et je vais m’arranger pour lui annoncer que j’ai été opérée quand j’aurai retrouvé un semblant d’autonomie, peut-être un mois après l’intervention. Tonton a assez goûté aux hôpitaux cette dernière année. Thrissa est en Ontario et déjà très affectée par le cancer d’une amie. J’aimerais tenir Emma un peu à l’écart pour ne pas trop l’éprouver, en espérant qu’elle aura terminé l’école quand l’hôpital va m’appeler. Yvon ne peut venir me voir car il a une peur bleue des hôpitaux, au point de s’évanouir s’il voit ne serait-ce qu’une seringue. Je ne suis proche d’aucun des membres de la famille de François ni de ses amis. La famille de Jacques-Yvan, on oublie ça. Mes collègues, tous plus jeunes parce que je suis la doyenne du groupe, ont leur petite famille avec enfants en bas âge dont ils s’occupent le soir, tandis qu’ils travaillent le jour. Certains amis me sont fidèles que je ne vois jamais. Hormis ma grappillette d’amis et de proches, les gens avec lesquels il m’est agréable d’échanger sont des gens que je ne connais pas intimement et que je ne côtoie pas. Je pense au professeur de FACE qui a eu des problèmes cardiaques l’an passé et avec lequel j’ai eu plaisir à converser mardi dernier. Il m’appelle « la maman d’Emmanuelle ». Je pense à mon notaire, il m’appelle Mme Longpré, avec lequel nous avons débattu de grammaire car il s’apprêtait à faire des fautes dans mon testament, au prix que je l’ai payé. À la fin de notre rencontre, il m’appelait Lynda. Je pense à mon dentiste avec lequel j’ai eu une conversation, je l’ai déjà écrit, qui a changé ma vie. Je connais des gens qui auraient de la visite en file et en permanence pendant sept jours. Ce ne sera pas mon cas.

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Jour 1 767

Je m’intéresse à mes aînés ces derniers temps, à papa vieillissant, bien sûr, à tonton plutôt faible ces derniers temps, à tantine qui s’inquiète de tonton. Papa veut quitter ses canards, lapins et poules pour s’installer à Joliette où les maisons sont entourées de trottoirs plats. Il est facile d’y garer sa voiture sur les rues pas inclinées pour une miette. Les trottoirs sont en ciment, ils ne sont pas recouverts de petits graviers glissants qui roulent sous les semelles, comme c’est le cas dans sa cour en pente raide à St-Jean-de-Matha. Papa passe ses journées à mettre ses bottines, monter à l’arrière de la maison nourrir lapins et poules, descendre jusqu’au lac nourrir les canards, remonter pour rentrer chez lui et enlever ses bottines. J’ai tendance à penser qu’il veut vraiment déménager parce qu’il a commencé à reconnaître, après l’avoir nié pendant tant d’années, que le lac Noir, en été, c’est incroyablement bruyant.
- Je viens parfois me reposer du bruit dans le sous-sol, m’a-t-il dit il n’y a pas longtemps. On attire mon attention, dans la famille, à l’effet que je ne connais pas mon père, que je ne suis pas tellement au fait de ses mauvais coups, que je n’ai pas connu et vu ce que d’autres de mes proches ont connu et vu, et que peut-être que si j’avais connu et vu je lui serais moins extatiquement liée. Bof. Ça se peut. Mais en même temps, ai-je besoin de connaître tous les côtés sombres et moins sombres de mon père, ou de n’importe quel autre individu, pour l’aimer ? À l’inverse, ai-je besoin d’avoir été témoin de ses bons coups et lui reconnaître de grandes qualités pour l’apprécier ? Est-ce que je ne peux pas simplement l’aimer dans l’ignorance de ce qu’il est et de ce qu’il a été ? Connaît-on vraiment l’être que l’on pense aimer, de toute façon, ou que l’on aime véritablement ? D’ailleurs, même en n’étant pas tellement informée des mauvais coups qu’il a faits ici et là, je peux déjà affirmer qu’il y a toutes sortes de choses qui ne m’enchantent pas chez papa, ou qui ne m’enchantaient pas parce que je ne m’attarde plus à ces choses. Mais j’adore néanmoins lui poser toutes sortes de questions, ou introduire toutes sortes de sujets, juste pour le plaisir de découvrir de quelle manière il va répondre, quels mots il va employer, quel ton il va utiliser, quelle expression ou proverbe il va choisir pour appuyer sa réflexion. Je le regarde me répondre en observant le mouvement de ses mains qui contribuent à l’explication. Ou alors je l’observe, tout simplement, sans que l’on soit ni l’un ni l’autre en train de parler. Ainsi, le week-end dernier, au souper, je l’ai regardé remuer son yaourt avec application comme si c’était un yaourt avec fruits au fond alors que c’était un yaourt brassé. Je me suis dit que ça, cette manière de remuer le yaourt, c’était papa tout craché. A-t-on vraiment besoin de connaître les bons et les mauvais coups pour aimer ?

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Jour 1 768

Je ne pense pas être moins douée que d’autres pour guérir les blessures de l’enfance. Je pense qu’elles ne nous quittent jamais et que les années de notre vie sur terre, pour ceux qui ont été mal accueillis, servent à maîtriser avec toujours plus de finesse le concept de la résilience.
Il arrive parfois que ma propre maîtrise en la matière me surprenne moi-même. Je peux alors interagir avec les gens sans avoir l’impression de panser quoi que ce soit. Je me sens presque égale à eux. C’est arrivé récemment avec Emma, ma meilleure amie à vie, je l’ai déjà écrit, à l’occasion de son deuxième concours de musique à Sorel.
Mais parlons d’abord de l’an dernier, qui était la première année du concours. Au volant de ma superSonique toute neuve, je sentais monter ma peur qu’Emma ait un black-out en jouant –comme ça m’est déjà arrivé en concert quand je jouais de la guitare, comme ça m’est déjà arrivé quand j’enseignais la géographie au Cégep de Joliette. Je m’en voulais d’installer Emma, par projection, dans une situation de défaite, de petitesse, de honte. Elle allait devoir se cacher des participants après avoir lamentablement échoué, incapable de s’exposer à leur supériorité. Dans un lieu aussi petit que l’habitacle de ma voiture, ma seule pensée allait la contaminer et la faire basculer. Je percevais chouchou comme n’ayant de prise sur rien, alors qu’elle est tellement bien campée dans sa personne. Je l’imprégnais de ma blessure originelle, de mon impuissance d’enfant à négocier mon arrivée non désirée, de mon manque d’outils et de confiance pour affronter les défis.
J’ai 54 ans, la blessure est encore là. Le sentiment de fond qui vient avec la blessure, qui n’a jamais quitté ma personne, se répète autant comme autant.
Le pire, c’est qu’à l’appel de son nom, étant sur le point de se présenter au juge installé très simplement derrière une table, émue, nerveuse et impressionnée parce que c’était son premier concours à vie, Emma m’a regardée. Elle avait les yeux pleins d’eau. Je ne pouvais pas me sentir moins inapte à l’encourager avec enthousiasme, élan et optimisme, mais je l’ai fait pareil même si, probablement, ce n’était pas nécessaire. Puis coquinette se place devant le juge, de sa voix douce et posée elle annonce ses pièces le sourire aux lèvres, elle se met à jouer Piazzola en solo, et c’est maman qui a pleuré.
Cette année, comme nous étions à la campagne, le périple à Sorel comportait une difficulté supplémentaire : trouver et prendre le traversier à St-Ignace-de-Loyola sans arriver trois heures en retard au concours. Je me suis dit Fuck la projection, le stress, la détresse, la blessure originelle. C’était le dimanche de la fête des mères, il faisait beau, je venais de me faire couper les cheveux. J’aimais l’effet de ma nouvelle coupe, même si personne n’a remarqué que j’arborais une nouvelle coupe. Je me remettais de ma coronarographie, en attente d’une belle valve mitrale garantie cent ans. Fuck la peur, advienne que pourra, Emma s’arrangera.
- Allez, on y va !
Seigneur qu’elle a bien joué. Certains jouent les yeux fermés. Chouchou joue le regard au plafond, son corps se mouvant au fur et à mesure des nuances, sa bouteille d’eau déposée bien en vue à ses pieds, son habillement digne de celui de sa mère, c’est-à-dire une robe quatre saisons sur des leggings d’hiver en laine avec des sandales d’été blanches. Elle a obtenu le deuxième prix, devant le candidat qui l’avait tant impressionnée l’an dernier et qui avait gagné –avec sa flûte à 10 000$ et à embouchure en or. Ma fille est une artiste, ça vaut plusieurs embouchures et plusieurs milliers de dollars. Le reste peut attendre, je veux dire la dépréciation, la projection, les lamentations. Fuck la pollution des émotions qui nous ravagent l’intérieur.

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Jour 1 769

Si j’étais morte lors de la coronarographie, admettons, même si personne ne meurt en raison de cet examen, j’aurais été à même d’affirmer après coup, par un procédé d’omniscience qui n’existe que dans l’univers de la fiction, que toute ma vie aura été imprégnée du même sentiment de fond qui loge dans ma personne d’aussi loin que je puisse remonter dans le temps.
Après une adolescence tourmentée, j’ai vécu en France pendant trois ans, espérant trouver dans une culture différente, à des kilomètres de mon lieu d’origine, de quoi moduler les effets de ce sentiment de fond. Ce fut peine perdue, je suis revenue encore plus mélangée, à tel point que j’ai entrepris une psychanalyse au retour de mon séjour français. J’ai rencontré Jacques-Yvan vers la fin de ma psychanalyse et vécu avec lui en famille reconstituée, c’était sportif. J’ai donné naissance à Emma. J’ai quitté Jacques-Yvan, rencontré François le temps d’un bref accompagnement, et maintenant Clovis. Je vais bientôt porter une valve mitrale mécanique garantie cent ans et prendre du Coumadin à vie. Que je nomme n’importe quoi, de plus ou moins pertinent, parce que j’avoue que la valve ne l’est pas tellement, rien ne déloge ce sentiment de fond qui est celui du manque de confiance, d’amour et d’estime de moi. Généré par un manque d’accueil, de sollicitude et d’attention dans les toutes premières années de ma vie. Autrement dit, les blessures de l’enfance sont demeurées intactes, seule s’est transformée ma capacité à les badigeonner, les panser, les empêcher de trop élancer.
Quand je suis entre les murs de la maison, ça va toujours. Quand je suis au travail ça va aussi, parce que le travail se décline dans la même routine sans jamais vraiment de surprise.
Quand je suis en revanche au sein d’une population qui ne m’est pas familière, qui fourmille de possibilités par la multiplicité des talents des individus qui la constituent, je me sens systématiquement inférieure. Je ne fais pas le poids, je ne suis pas de niveau, je n’arrive à la cheville d’aucun de ces êtres. Le milieu scolaire d’Emma à cet égard –tous ces élèves doués, multipliés par le double de parents gagnants car intelligents, équilibrés et avisés– s’avère le lieu par excellence de mon calvaire. La garderie l’était aussi, remarquez, voire la rue, la ruelle, le trottoir du quartier. Installée dans tout lieu où sont susceptibles de se créer des relations, je me sens battue d’avance. J’ai du plomb dans l’aile. Ça ne vaut même pas la peine que j’essaie de soulever l’aile pour m’intégrer au réseau. Ouvrir la bouche requiert toutes mes forces. Je me tiens droite comme un piquet, j’ouvre la bouche et j’essaie de parler. C’est dans cette raideur excessive, bloquée de partout car la fluidité côtoie d’autres contrées, que tente de circuler en moi la vie, les jours que mes compétences d’infirmière qui panse me font défaut.

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