Jour 390

platebande

Un aperçu de la rocaille.

Finalement, la journée d’hier n’a pas été perdue. Après avoir écrit mon texte, je suis retournée dehors, et aussitôt il s’est mis à me pleuvoir dessus.
– Advienne que pourra, me suis-je dit, je jardine pareil.
Et j’ai jardiné. Denauzier, peu de temps après, est venu me rejoindre pour tondre le gazon. Il a utilisé pour ce faire une machine que les Pattes nous a donnée récemment. Commence la tonte, une roue avant se défait de la machine. Voilà mon mari qui répare la roue. Reprise de la tonte, c’est au tour de la deuxième roue avant.
– Les affaires de ton frère ne sont pas tellement plus à l’ordre que les miennes !, s’est exclamé mon mari sans se décourager.
Au final, et sous un ciel variable, mon mari et moi avons travaillé jusqu’à 18:30 sans interruption, sinon l’arrêt nécessaire pour aller me chercher un filet tellement il y avait de mouches noires qui me tournaient autour.
– Wow !, s’est exclamé mon mari, ta rocaille est magnifique.
– Tu penses ?, ai-je répondu, pas certaine d’avoir bien travaillé, en ce sens que je ne sais jamais de quoi les plantes ont besoin.
Je passe mes heures de travail et de bichonnage à me demander si j’utilise la bonne manière de les bichonner.
En soirée, et tel que prévu, sans bouger et sans rien entamer qui aurait pu mal finir, nous avons écouté la suite du film Biutiful. J’ai trouvé sur Internet une critique qui n’encense guère le film. Ça se peut que l’auteur de cet article dise vrai, il n’en demeure pas moins que j’ai été portée jusqu’à la fin par les efforts incessants d’un Uxbal épuisé, dans sa lutte contre la montre pour mettre en place une manière de sécurité dont pourront bénéficier ses deux enfants à son décès. La scène qui se déroule dans la salle de bains, Uxbal avouant sa maladie à sa fille Ana, m’a déchiré le cœur. Il lui dit de bien le regarder pour se rappeler toujours de son visage, et sur ces paroles ils s’enlacent avec passion, longuement. En somme, Uxbal n’arrive pas à mettre en place une manière de sécurité pour sa fille de dix ans et son fils de six. La mère est bipolaire et ne peut et ne veut s’occuper des enfants. Ce sera une femme sénégalaise, mère d’un nourrisson de deux mois, qui sera l’ange descendu du ciel pour s’occuper d’eux. Je ne rends pas service au film en le résumant ainsi, sans saveur et sans couleur, alors je m’arrête là.
Aujourd’hui était jour de visite dentaire à St-Félix. Les nouvelles sont excellentes, cette partie de mon corps se porte très bien. Fiou ! L’hygiéniste m’a donné des cadeaux, une brosse à dents, un tube de pâte dentifrice et de la soie dentaire.
– J’adore les cadeaux !, me suis-je exclamée comme si je venais de recevoir un beau bijou.
C’est à se demander si je n’ai pas reçu une forme de cadeau, d’ailleurs, par erreur, en ce que la facture était particulièrement peu élevée.

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Jour 391

rocaille

Voici à quoi ressemble ma rocaille une fois traitée selon la technique du paillis double.

La journée a mal commencé. Tôt ce matin j‘ai téléphoné à la Croix-Bleue, ma compagnie d’assurances. La jeune Gabrielle, qui m’a répondu en disant « Bonjour, je m’appelle Gabrielle, comment puis-je vous aider ? », n’a pas réussi à m’aider, justement. Elle ne semblait pas maîtriser l’acheminement des appels internes pour me diriger vers la personne qui aurait pu répondre à mes questions. Au bout d’un moment, deux fois plutôt qu’une, j’ai raccroché.
Ensuite, je suis allée faire les courses alimentaires, et aussi acheter des sacs de terre et de paillis. Ma voiture en est remplie au moment où j’écris ces lignes. J’ai cependant commencé mes courses en me rendant à la pharmacie pour y faire développer des photos à partir d’une machine. Ce n’est pas deux fois plutôt qu’une, mais bien trois fois qu’il m’a fallu pour y arriver.
Avant de préparer le dîner, ayant à ma disposition une petite heure, j’ai voulu planter du lierre et des succulentes en manière de couvre-sol, à l’arrière de la maison, pour empêcher la terre de glisser lorsqu’elle est sèche, dans la mesure où il s’agit d’une surface nue et pentue. Je n’attends pas grand-chose de mon essai, les plantes ayant été installées, les pauvres, dans une terre glaiseuse et rocailleuse, sans engrais, sans humus, sans rien. Autant dire que je cours après le trouble, ou l’échec.
Parlant d’échec. L’heure du dîner étant arrivée, et mon estomac me l’exprimant, je suis entrée –mouillée car il s’était mis à pleuvoir– pour me lancer dans la préparation d’asperges enroulées dans des tranches de jambon et nappées d’une béchamel au fromage. Les asperges enroulées ont collé au fond de la poêle, et la béchamel, d’une texture aussi épaisse que celle du plâtre dilué dans très peu d’eau, a nécessité l’ajout de beaucoup de lait avant de se laisser amadouer.
– Ç’aurait pu être encore moins bon, ai-je dit à mon mari après avoir avalé ma première bouchée.
La question qui se pose alors, étant donné qu’il n’est que 14:00, est la suivante : que pourrais-je faire cet après-midi qui ne tendra pas vers le fiasco ? Je pourrais découvrir les pots que j’ai cachés dans mon garde-robe, sous une serviette épaisse, pour voir si mes projets de germination donnent des résultats : j’ai planté des noyaux de dattes, d’avocat, d’ananas et de mangue. Je vais retourner dehors étendre du paillis ça et là, désherber et préparer une nouvelle plate-bande. Je vais téléphoner à mon frère pour m’excuser de lui avoir presque coupé la ligne au nez, lorsqu’il m’a téléphoné et que j’entamais la préparation de la béchamel au plâtre. Je vais détricoter ce que j’ai tricoté hier car mon expérience de log cabin a donné naissance à une banderole trop molle et pas belle. Je vais respirer par le nez. Je vais penser à ma soirée : en soirée, nous devrions poursuivre l’écoute du film Biutiful avec Javier Bardem qui a gagné, dans le rôle d’Uxbal, le personnage principal, le prix d’interprétation masculine à Cannes, en 2010. Je ne peux pas croire qu’une fois assise, n’entamant rien, écoutant le film, ça n’ira pas bien. 

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Jour 392

AutreVache

J’ai plusieurs amies au bout du rang, finalement. Amies ou amis ?

Une autre chose m’a plu récemment, c’est lorsque le cardiologue a dit au téléphone, en messagerie vocale, qu’il attendait que je le rappelle pour déterminer le « plan de match » de ma prochaine chirurgie. Je me rends sur la table d’opération comme un joueur de hockey se rend rencontrer une équipe adverse sur la patinoire !
Je suis au nombre des cas qui connaissent des complications à la suite d’un changement de valve cardiaque. Des cellules indésirées, des matières organiques, du calcium, se sont agglutinés sous ma valve actuelle, empêchant le clapet d’effectuer son mouvement de va-et-vient. Il effectue ce mouvement, mais pas complètement. Du coup, et si j’ai bien compris, l’aorte ne reçoit pas assez de sang, et ne recevant pas assez de sang, elle aurait tendance à s’épaissir de l’intérieur, à moins que ce ne soient encore une fois les cellules indésirées qui aient décidé de s’installer à l’intérieur…
– On va faire un beau set up, a dit le cardiologue en conclusion des informations qu’il venait de me transmettre, croquis à l’appui, lors de notre première rencontre en mai dernier.
– En cours de route, si on découvre une autre anomalie, ne vous inquiétez pas, on va aussi s’en occuper.
– Le problème ne risque pas de se reproduire ?, ai-je demandé. Ces cellules indésirées ne vont-elles pas se recréer ?
– Ça, je ne peux rien avancer. Je peux seulement vous dire que toutes les personnes que j’ai opérées ayant votre problème n’ont pas eu à se faire réopérer une troisième fois.
Je n’ai pas osé répondre au cardiologue qu’il était trop jeune pour que sa réponse soit significative, en ce sens que ça ne fait pas vingt ans qu’il opère, et que par conséquent ses cas opérés sont forcément récents…
Depuis que je sais que je dois me faire opérer, quoi qu’il en soit, il m’arrive une drôle de chose : je crains de ne pas l’être, ou d’attendre trop longtemps avant de l’être. À tel point que j’en veux au CHUM d’être une gigantesque machine qui bouge lentement et dont le personnel ne me téléphone pas vite pour fixer les dates de mes examens préopératoires. C’est faux. Le personnel a téléphoné, vendredi dernier alors que nous étions dans le bois au lac Miroir. Une jeune fille qui avait de la difficulté à prononcer les noms des examens que je dois subir a laissé un message pour dire qu’un des tests aurait lieu après ma prochaine rencontre avec le spécialiste début juillet, et que l’autre examen aurait lieu après. Je ne suis guère plus avancée.
En attendant, nous avons passé, comme je viens de l’écrire, notre premier weekend estival au chalet. Les gens qui en ont l’habitude appellent cette première visite de la saison dans le bois « ouvrir le camp ». Comme je n’en ai pas l’habitude, l’acquisition du chalet étant somme toute récente, je projetais plutôt de marcher, de tricoter et de lire pendant nos deux jours au lac. Or, sous l’effet de la pression sociale, si je peux écrire ça, toutes les femmes frottant et récurant de celles que je savais être sur place, j’ai frotté aussi, la cuisinière, les armoires, les fonds de tiroirs, etc. J’ai réservé l’aspirateur pour la fin. Constatant à quel point celui que nous avons au chalet est raboudiné, déwrenché, ne devant sa vie qu’à une grande quantité de « tape » qui en relie les morceaux disparates, j’ai décidé de manière unilatérale que je visiterais cette semaine un magasin Canadian Tire
En fait, je suis allée marcher, avec une voisine, mais pas longtemps. À peine avions-nous emprunté le sentier qui nous aurait menées à une sablière, au bout de deux kilomètres de marche, que j’apercevais des empreintes d’ours dans la terre humide.
– Regarde !, me suis-je exclamée, tout excitée, c’est la première fois que je tombe sur des empreintes d’ours ! C’est mignon ! On dirait les galettes que chouchou mangeait quand elle était jeune !
– On retourne !, a alors fermement décrété ma compagne de route.

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Jour 393

Vache

Mon amie du bout du rang. Elle porte le numéro 208, à l’oreille gauche.

Plusieurs petites et moins petites choses aujourd’hui. Je suis seule à la maison, bien que le son du lave-vaisselle me tienne compagnie, et aussi celui de la pluie. Ma tasse de café repose sur sa plaque chauffante, à proximité de mon ordinateur, sur mon bureau. J’ai mangé des céréales, des œufs (sans le jaune) et un avocat (pas tout à fait assez mûr). Je suis on ne peut mieux installée devant mon écran. Tout va bien.
Dans mon rêve de la nuit dernière, et comme cela arrive très régulièrement, j’étais en compagnie du premier amoureux de ma vie. Il ne m’apparaissait pas conformément à l’image corporelle qui était la sienne il y a trente ans, mais dans le corps d’un homme de mon âge. Autrement dit, n’ayant pas revu cet homme ces trente dernières années, je le retrouve en rêve dans l’aspect physique qui était le sien lorsque nous avions trente ans. C’est la première fois, il me semble, qu’il m’apparaissait plus vieux. Il se déplaçait à cet égard avec un peu de difficulté, comme s’il avait mal aux hanches, et il avait la voix encore plus basse qu’autrefois. Il était entouré de ses amis masculins dans un café, ou un bar. Auprès d’eux je me sentais à l’aise, plutôt choyée, même, d’être si bien entourée. Comme il habite en Suisse, je me sentais également choyée de séjourner en Europe, moi qui me déplace si peu –et qui trouve que je me déplace déjà trop. Nous aboutissions chez lui en fin de soirée et il me demandait, alors qu’on s’assoyait sur son canapé, de l’embrasser. Je me sentais déchirée entre le désir réel de l’embrasser et la crainte de le faire souffrir s’il s’avérait que je ne sois pas, dès ce baiser terminé, entièrement engagée auprès de lui.
– Je n’ai jamais réussi à m’engager du temps que nous étions jeunes, me disais-je en approchant pourtant mes lèvres des siennes, comment pourrais-je espérer y arriver maintenant ?
Me traversaient alors en pensée toutes les raisons susceptibles de justifier ce non-engagement, la première en tête de liste étant bien entendu ma piètre estime de moi à cette époque de ma vie.
Au beau milieu de notre long baiser, une main se grattait la poitrine dans un son qui m’est devenu familier, celui du poil qu’on frotte énergiquement sur la peau.
– Mon mari !, me disais-je dans mon rêve, –mon mari qui se grattait bel et bien– et quittant du coup cette énième visite de mon passé.
Il y a une différence en effet, sur le plan sonore, entre gratter une peau qui n’est pas poilue, et en gratter une qui l’est. Que mon mari me ramène à lui par ce simple geste m’a beaucoup plu.

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Jour 394

J’ai mille choses à faire. À l’exception du test d’effort sur tapis roulant que je dois passer cet après-midi à l’hôpital, à l’exception des comptes à payer et du ménage que je diffère tout le temps, dans la maison, tout me tente de ce que j’ai à faire.
Je voudrais poursuivre la biographie de Ferré. Je n’ai que les cent premières pages de lues. Je commence à m’habituer au style de Robert Belleret, le biographe. Il accompagne chaque événement de la vie de Ferré de paroles de chansons, lorsque des chansons ont été écrites qui réfèrent à ces événements. Au début ça m’énervait parce que je ne suis pas sensible à la poésie, et parce que j’aurais voulu m’enivrer du récit de la vie de mon héros sans m’accrocher constamment dans des figures de style ou des effets sonores de syllabes qui s’entrechoquent. Maintenant j’en prends mon parti, et je dirais même que je commence à y prendre goût. En fait, Robert Belleret m’initie à la poésie puisque sa manière de procéder me permet d’avoir prise sur les mots du poète. Monsieur Tout-Blanc, par exemple, qui vit dans son château de cartes, c’est un pape, et non un fantôme, ou un cocaïnomane, ou un homme de peau blanche vêtu de lin blanc dans un pays d’Afrique noire, comme j’aurais été capable de l’imaginer !
Je voudrais planter les vivaces qui nous ont été données hier par des amis, en quantité importante, et ainsi enjoliver le grand terrain devant la maison. Les bibittes sont arrivées et c’est quand même forçant, creuser la terre, la nettoyer de ses racines et de ses roches, mais c’est une activité que j’aime. Je couvre le sol de paillis de cèdre rouge partout où je plante des vivaces, pour maintenir un peu d’humidité, et pour empêcher que les mauvaises herbes repoussent à vitesse grand V. On m’a suggéré de mettre du papier journal sous le paillis, mais je ne le fais pas. Je ne devrais pas étendre du paillis, il nécessite de l’entretien, il change de couleur au soleil –même si on choisit du paillis garanti contre le changement de couleur–, il finit par avoir un aspect terne, mais j’en mets pareil. Je préfère les terrains sur lesquels les bosquets de vivaces poussent à même le gazon, de façon désorganisée et sauvage, et pourtant je procède autrement, de manière très ordonnée, très structurée, à l’envers de mes préférences. Comme si ce n’était pas assez, j’entoure aussi les îlots de vivaces d’une bordure de roches — chacune à peu près grosse comme un ballon de football–, en me disant que c’est plus beau, bien que ce ne soit pas idéal parce que les vivaces s’y répandent et y poussent  tant bien que mal. Et bien que ce ne soit probablement pas plus beau. Mais certainement plus fatigant ! Pour ajouter enfin la goutte d’eau fatale qui entraîne le débordement du vase, je creuse le long de la bordure de roches, à l’extérieur de la rocaille, donc côté gazon, pour enlever les grosses pousses de pissenlit. Je comble ensuite cette mini tranchée creusée, et c’est le comble c’est le cas de le dire, d’encore un peu de paillis.
Je voudrais tricoter au moins un carré pour mon projet de housses de coussins. J’avais réussi à en terminer un, mais comme il était truffé d’erreurs, je l’ai défait et je dois repartir à zéro.
Et je n’ai rien dit encore de ma sculpture de rubans… et de la correction des textes de ma deuxième année de blogue…

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